Le Yémen : une crise humanitaire oubliée au sortir de la crise ?

Le Yémen : une crise humanitaire oubliée au sortir de la crise ?


« Je délègue de manière irréversible mes pleins pouvoirs à ce conseil présidentiel » a déclaré jeudi 7 avril 2022 Abd Rabbo Mansour Hadi, président de la République arabe du Yémen.[i] Au dernier jour des pourparlers organisés à Ryad par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), le président yéménite a pris cette décision dans le but de faire face au statu quo présent dans un conflit opposant rebelles houthistes et coalition saoudienne depuis près de 8 ans.


Le conflit au Yémen, véritable conflit gelé face à la multiplicité de ses crises est connu pour avoir multiplié les tentatives de réconciliation entre les différents acteurs en jeu. L’instabilité constante dans ce pays n’a fait que conduire à une impossible résolution du conflit et à un espoir utopique d’arrêt des hostilités. En effet, le pays à jongler entre accords de paix et reprise des combats. En témoigne ainsi l’accord de Stockholm de 2018 qui était une initiative marquante devant ouvrir à un processus de paix au Yémen[ii]. Malgré tout et faute de stabilité gouvernementale ces accords ne furent que symbolique et les affrontements ont rapidement repris dans la région.


La crise yéménite est donc particulièrement complexe et le processus de dialogue mise en œuvre par la communauté internationale n’a jamais été adaptée aux diverses revendications des parties[iii] car trop souvent calqué sur la volonté d’instaurer un système démocratique basé sur les modèles occidentaux[iv].

Ainsi, le 7 avril 2022, en prenant cette décision Abd Rabbo Mansour Hadi a laissé planer à nouveau l’espoir d’une possible réconciliation entre les parties[v].


Cette délégation de pouvoir à un nouveau conseil présidentiel semblerait être une solution pour sortir d’une crise politique où toutes les parties ne semblent pas se mettre d’accord sur la répartition du pouvoir et le traçage des frontières.

En effet, ce conseil aurait pour vocation de négocier un cessez-le-feu permanent avec les Houthis, là où les autres tentatives ont échoué. Il devrait exercer les fonctions politiques, militaires et sécuritaires pendant une période de transition[vi]. Une telle modification politique s’avèrerait donc plus efficace et pourrait donner de la légitimité aux revendications houthistes et séparatistes, acteurs clé du conflit.[vii]De même, ce gouvernement est créé dans un contexte de trêve négociée sous l’égide de l’ONU. Tout semblerait en faveur de ce nouveau conseil et de sa volonté d’établir la paix au Yémen.


Malgré tout, ce processus de paix reste fragile pour plusieurs raisons. En effet, ce nouveau cessez-le-feu a été négocié sans les rebelles houthistes ne souhaitant pas parlementer en territoire ennemi[viii]. Par ailleurs, ce conseil composé de huit membres serait dirigé par Rashad Al-Alimi, ancien ministre de l’Intérieur et conseiller de Hadi[ix] et ne permets pas pour autant d’intégrer des représentants houthistes. Or, tel était le reproche déjà fait lors de la mise en place d’un conseil de transition en 2014, conseil inadapté aux forces politiques bien plus disparates que dans d’autres pays.


Ainsi, même si ce changement politique est un changement majeur dans une crise bloqué depuis le début des printemps arabes, cette dernière se doit de prendre en compte les prétentions de toutes les parties en jeu pour que le pays puisse sortir de ce qui est communément considéré comme la pire crise humanitaire mondiale depuis des décennies.[x]


Par Emma Bassi, Julien Lamy, Laura Leonardi, Théo Lozano et Cassandra Oboussier


RÉFÉRENCES


[i]TV5 Monde, « Yémen : le président en exil transfère le pouvoir à un nouveau conseil », 7 avril 2022, consultable ici

[ii] Le Monde, « L’ONU entérine l’accord de Stockholm pour une trêve au Yémen », 22 décembre 2018, consultable ici

[iii] François-Frison Roche, « Yémen : imbriglio politico-juridique, désastre humanitaire, impasse militaire », Cairn Info, Politique étrangère 2017/4 (Hiver)

[iv] Philippe Blachèr, « Droit des relations internationales », Paris, collection LexisNexis, 2015 (7ème édition) [v] France 24, « Au Yémen, entre trêve et bouleversement politique, l’espoir de la paix ? », 7 avril 2022, consultable ici

[vi] Les Echos, « Yémen : le chef de l’Etat se retire au profit d’un nouveau conseil présidentiel », 7 avril 2022, consultable ici

[vii] L’express, « Yémen : le président en exil transfère le pouvoir à un nouveau conseil », 7 avril 2022, consultable ici

[viii]Euronews, « Le président au Yémen transfère le pouvoir à un nouveau conseil présidentiel », 7 avril 2022, consultable ici

[ix] ibid note vii

[x] Tweeter, Antonio Guterres, 20 novembre 2020 , consultable ici

BIBLIOGRAPHIE

I. Articles de Presse Euronews, « Le président au Yémen transfère le pouvoir à un nouveau conseil présidentiel », 7 avril 2022 France 24, « Au Yémen, entre trêve et bouleversement politique, l’espoir de la paix ? », 7 avril 2022, Le Monde, « L’ONU entérine l’accord de Stockholm pour une trêve au Yémen », 22 décembre 2018 Les Echos, « Yémen : le chef de l’Etat se retire au profit d’un nouveau conseil présidentiel », 7 avril 2022 L’express, « Yémen : le président en exil transfère le pouvoir à un nouveau conseil », 7 avril 2022, TV5 Monde, « Yémen : le président en exil transfère le pouvoir à un nouveau conseil », 7 avril 2022 II. Ouvrages Roche (F.F), « Yémen : imbroglio politico-juridique, désastre humanitaire, impasse militaire », Cairn Info, Politique étrangère 2017/4 (Hiver) Blachèr (P.), « Droit des relations internationales », Paris, collection LexisNexis, 2015 (7ème édition)

III. Réseaux sociaux Guterres (A.), Tweeter, 20 novembre 2020